Tribune libre : Le congolais et la politique


18 May

La politique a envahi la vie des Congolais. A croire que hors de celle-ci, point de salut. Tout est dit : il ne semble y avoir de carrière, dans ce pays, qu’en politique. A telle enseigne que le domaine est devenu un refugium pecatorum ; on y trouve de tout. Surtout que le Congolais, en général, n’a pas le sens de ses limites. Humilité et modestie font peut-être partie de son lexique, mais pas vraiment de son vécu quotidien.

Passerait encore si les efforts conjugués de tout ce beau monde politique tendaient à préserver les intérêts supérieurs de la nation congolaise. Au lieu de cela, on assiste le plus souvent à des joutes oratoires oiseuses, à l’effet uniquement de se mettre en vedette. A l’image de nos stars de la rumba bien de chez nous, dont la vie comme chacun sait, la norme, est d’attirer l’attention des fans. Les Congolais aiment s’entendre parler ; en particulier lorsqu’ils se font l’illusion de détenir quelque savoir.

Et quand les réseaux sociaux s’en mêlent, c’est le bouquet ! Chacun y va de sa verve. La liberté d’expression longtemps muselée a littéralement explosé. La pendule retenue pendant des décennies d’un côté a oscillé, pour aller se loger à l’autre extrémité. Impudence, insolence, impertinence, arrogance, insultes mêmes, rivalisent dans les messages échangés à longueur de journées, à la vitesse de l’éclair.

Je me trompe, peut-être, mais souvent les positions des uns et des autres, sur tel ou tel autre sujet, donnent l’impression d’une compétition sportive. La politique au Congo prend presque toujours l’allure d’un championnat de foot : les vainqueurs d’un côté, les perdants de l’autres. TP Mazembe vs. Lupopo autant le dire ou, si l’on préfère, V. Club vs Daring Club Motema Pembe. Nos politiciens, en se comportant de la sorte, oublient –j’ai déjà eu à le dire par ailleurs (voir mon petit livre Voyage au pays des Oubliés, Kinshasa, éd. Baoba, 2011) — que la politique, l’art de gérer la chose publique, est un voyage qu’on entreprend ensemble, en bateau, sur une mer qui peut s’agiter très fort. Tous nous avons la même destinée, le même sort. Ensemble nous arriverons à bon port, ou alors, ensemble nous irons au fond des eaux. On est tous vainqueurs ou on est tous perdants. Avis aux politiciens congolais.

Pr. Alexis Takizala Masoso

Recteur de l’Université Nouveaux Horizons

Député national honoraire

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