Kabila Roi d’image et Vital Kamerhe roi de la démesure


16 Mar

Kabila Roi d’image et Vital Kamerhe roi de la démesure  Tribune de Stéphane Manzanza
Joseph Kabila et Félix Tshisekedi se sont rencontrés le jeudi 12 mars dernier à N’sele. Une seule photo et un communiqué lu par le Directeur de cabinet du Président de la République en personne auront sanctionné cette rencontre. Il n’en fallait pas plus pour enflammer le microcosme politique congolais. Rien de surprenant quand on sait que la rencontre était très attendue au regard de récents événements émaillés de tensions et envolées verbales sulfureuses.
Dès la diffusion du communiqué par les services de presse de la présidence de la République, il s’en est suivi une avalanche de commentaires et réactions allant de plus lumineux aux plus loufoques, à en croire qu’il y a une compétition pour la plume d’or du meilleur décryptage et décodage du langage corporel et de la communication non verbale. De quoi sûrement procurer un picotement agréable à l’épigastre de Joseph Kabila.
En effet, depuis sa réclusion à sa ferme de Kingakati, l’autorité morale de la majorité parlementaire se livre à une gestion très bien ficelée de son image, faisant de chacune de ses apparitions publiques un buzz. Bleu Jeans, jacket et safety boots en bon fermier, Joseph Kabila est venu presque seul ou plutôt accompagné uniquement de son stylo et son bloc note. Le message est clair : je suis décontracté, je n’ai pas besoin d’être assisté. Je sais précisément ce dont on va parler et je rédigerai seul mes notes. Un bon mélange de confiance et de contraction.
De son côté, après avoir été tenu à l’écart au cours des précédentes rencontres entre les deux hautes personnalités, Vital Kamerhe qui n’est pas réputé pour sa sobriété, n’y est pas allé par le dos de la cuillère. Fraîchement rasé comme un jeune marié, costume bleu marine, chemise blanche et cravate bleue ciel, le Directeur de Cabinet du Président a conféré une tournure hautement officielle et solennelle à une rencontre définie privée par essence.
Autant les deux personnalités sont appelées à se rencontrer librement, autant la fonction du Chef de l’État est incompatible avec toute responsabilité au sein d’une famille politique conformément aux dispositions de l’article 96 de la constitution de la RDC. Ainsi donc, recevoir l’ancien président – sénateur à vie et Chef d’une autre famille politique dans un cadre purement privé – ne devrait en aucun cas revêtir un caractère solennel. Hélas, c’était sans compter sur l’exaltation de Vital Kamerhe de signer son retour fracassant dans ce qui peut être considéré comme sommet des sommets de la sphère décisionnelle du pays. Papier en tête du Cabinet, drapeau de la République en background, droit debout face à l’objectif. On croirait à l’adresse d’un Chef de l’État à la Nation.
A l’opposé de Fantômas, toujours derrière son masque illisible bien que présent à tous les rendez-vous, cette ostentation du « pacificateur » aurait pu être moins irritante s’il n’y avait pas d’énormes transgressions dans le contenu même du communiqué comme :
« Les signataires de l’accord de coalition »
Il est connu de tous que les signataires de l’accord de coalition FCC-CACH sont Néhémie Mwilanya et Jean- Marc Kabund. En présentant les deux hautes personnalités comme les signataires de l’accord de coalition, Vital Kamerhe fait éclater officiellement l’existence d’un autre accord conclu et signé entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. J’espère que Martin Fayulu ne va pas rebondir sur ce passage pour en exiger la publication (…).
« L’engagement de deux hautes personnalités »
Pour éviter que ne se reproduisent ce qu’il a qualifié d’incidents aux postes frontaliers, le communiqué annonce que les deux hautes personnalités se sont « engagées » à tout mettre en œuvre pour que ce genre de désagrément ne se reproduise pas. Au nom de quelle logique le Président de la République – la première institution de la République – doit s’engager de manière aussi dégradante face à un individu, pour de faits de manquements de certains compatriotes qui s’arrogent des droits supra-légaux ?
Comme il l’a toujours clamé, le Directeur de Cabinet du Président est le bouclier du Chef, l’homme qui doit le mettre à l’abri de toute forme d’atteinte à l’exercice de sa noble mission de servir le pays. C’est donc à lui de prêter le flanc à tous les assauts qui pleuvent sur Félix Tshisekedi.
Un compte rendu destiné à la consommation publique ne reprend évidemment pas tous les points saillants abordés au cours d’un entretien de plus de trois heures. Toutefois, ne pas y avoir glissé un mot sur la pandémie du coronavirus laisse penser que l’intérêt de la coalition prime sur la poursuite du bien-être du peuple au nom duquel chaque partie se revendique.

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