Lutte contre la fraude minière en RDC Que faire pour arrêter l’hémorragie ?


09 Dec
09Dec

Beaucoup a été dit mais, l’horizon est toujours fuyant et jamais atteint. Cette fois-ci est-elle la bonne ? La fin justifie les moyens, disait Machiavel. C’est ainsi que le nouveau ministre des Mines Willy Kitobo a entamé tout récemment une série de consultations avec les différents services de son ressort. L’objectif est de réfléchir sur la manière d’éradiquer la fraude afin que l’Etat et la population tirent des dividendes de l’exploitation minière. Après la Division des Mines et le Cadastre minier, le ministre a invité le comité de gestion, les directeurs provinciaux et les cadres du Centre d’Expertise d’Evaluation et de Certification des matières précieuses et semi-précieuses (CEEC) pour une séance de prise de contact. La réunion s’est tenue à Kinshasa, au cabinet du ministre. Kitobo tient à une franche collaboration entre son cabinet et les différents services. Tandis que le DG du CEEC, Pascal Nyembo ne jure que sur les intérêts de la RDC. Deux hommes ambitieux et unis pour la cause commune. Peut-être un nouveau décollage dans le secteur minier.  

D’entrée de jeu, le ministre a souligné qu’il n’est pas venu au gouvernement pour relever les responsables des services du ministère des Mines de leurs fonctions. Il a exprimé l’ambition de travailler avec tout le monde. « Depuis ma nomination, j’ai reçu les demandes de plusieurs personnes qui sollicitent d’être engagées au CEEC. Avec un traitement décent et les différentes primes que le CEEC alloue à ses travailleurs, j’ai tout compris. Si je dois révoquer quelqu’un c’est à cause de sa méconduite ou de son incompétence et non pour d’autres raisons. Ce n’est pas parce qu’il y a changement des autorités à la tête des institutions politiques qu’on doit nécessairement remplacer tous les responsables des services publics », a déclaré le ministre.

Vivement le changement !

Willy Kitobo fait savoir à ses interlocuteurs que le monde entier observe la RDC tantôt avec dédain et méfiance à cause des problèmes que connaît le pays, tantôt avec une certaine admiration grâce à sa combativité et son dynamisme. Le peuple congolais est héroïque mais beaucoup des citoyens ignorent la force dont ils disposent. L’alternance démocratique et pacifique due aux élections du 30 décembre 2018 est un exploit pour la RDC. Beaucoup prédisaient l’apocalypse mais ils sont surpris par la capacité des Congolais à se surpasser. Il existe aujourd’hui une coalition au pouvoir contrairement à ce que d’aucuns disaient. Comme le président Tshisekedi, le ministre Kitobo ne « fouinera » pas dans le passé sauf si les instances habiletés le décident. Il n’y aura pas de chasse à l’homme. « Si je dois sanctionner, c’est à partir d’aujourd’hui », dit le ministre. Il appelle plutôt les responsables de son ministère au changement de mentalités, à produire un travail de qualité, au sens du professionnalisme et à l’intégrité. Il y a lieu de faire un bond pour relever les défis. Le ministre indique que la fraude n’a pas commencé aujourd’hui et n’accuse personne d’avoir mal géré. Il n’a pas non plus, la prétention de tout parfaire car, il est conscient que le gouvernement auquel il appartient peut échouer. Il tient plutôt à apporter un plus au pays.

D’après le ministre, la tentation pour le vol, la corruption et la fraude est grande et permanente au CEEC. Il existe aussi des pressions de différentes natures. Mais les agents du CEEC doivent résister. « Contentez-vous de ce que l’Etat vous paye et non des avantages indus. Cette période de huit mois sans gouvernement, ne vous donne pas l’occasion de voler. Certains malins en profitent. Là où ils volaient 30 $, ils volaient plus en l’absence du gouvernement. Non. Arrêtez avec de mauvaises pratiques et travaillez pour augmenter les recettes de l’Etat. Vous produisez déjà, mais il y a lieu de faire mieux », a martelé le ministre.

Interpellation

Le secteur minier congolais n’a pas une bonne réputation selon le ministre. Surtout l’artisanat. Mais, il faut l’organiser faire avec, tant qu’il n’y a pas d’autres alternatives pour les creuseurs. C’est à ce niveau qu’intervient le travail du SAEMAPE. L’artisanat va continuer même si il n’augure pas un avenir radieux. Le ministre recommande la rigueur au CEEC. « Il faut certifier les vrais produits. Ne jamais rouler un opérateur lorsque vous expertiser ou vous certifier un produit. Ne jamais ou plus faire la sous-évaluation ou la surévaluation pour taxer plus ou moins un opérateur minier. Ne jamais subtiliser le minerai d’autrui en le déclarant comme un faux produit. Pensez à l’argent dépensé par les autres. Les analyses dans les laboratoires doivent être faites avec rigueur et objectivité. Il faut éviter la légèreté. Il faut éviter la manipulation des données. L’échantillon prélevé doit représenter toute la quantité analysée y compris des sous-produits. Travaillez avec plus de rigueur dans l’exploitation industrielle. Il est inacceptable que le CEEC certifie un lot de minerais à l’exportation et que lorsqu’on le raffine ailleurs, il devient supérieur à la quantité déclarée au Congo. D’énormes pertes pour le pays. Il y a souvent des effets boomerang. C’est pourquoi le CEEC doit utiliser des laboratoires appropriées et accrédités. D’où, l’exigence d’une technologie de pointe », souligne le ministre.

Un travail collectif vaut mieux qu’une démarche individuelle

L’union fait la force, dit-on. Willy Kitobo s’insurge contre les dossiers personnalisés. Quelques individus ne veulent pas qu’on implique toute la chaîne pour le traitement de certains dossiers mais se servaient de leurs hommes de confiance. Un tel comportement est prohibitif. Il n’y a pas d’affaires personnelles. On n’analyse pas pour que l’Etat perde l’argent. Certes, il existe des pressions de toute part, indique le ministre. Toutefois, il faut savoir résister et s’y opposer.

Halte à la royauté, oui à la collaboration !

Le ministre Kitobo explique aux directeurs provinces qu’ils ne doivent pas se comporter comme des « rois » qui doivent régner sur des sujets. Ils sont des représentants de l’Etat et ne doivent évoluer comme des électrons libres. Certains contrats entre les provinces et l’étranger doivent être signés dans le respect des lois. Il leur est recommandé la transparence, la bonne gouvernance et le respect des textes pour mériter la confiance de la hiérarchie. Ils ont le pouvoir mais ne doivent pas en abuser. Ils représentent le gouvernement central en provinces. Pour combattre la fraude sous toutes formes, il faut des hommes sérieux avec un budget conséquent en vue de faire face à certains « hommes puissants ». La RDC doit récupérer sa réputation sur le plan international.

La vice-ministre des Mines, Denise Lupetu qui a aussi pris la parole, a insisté sur la nécessité d’une franche collaboration entre les différents services du ministère, l’observance des textes légaux dont le Code et le Règlement minier, le respect mutuel et la lutte contre les mauvaises pratiques. Denise Lupetu a fait une observation sur l’absence des femmes au sommet du CEEC. A cette remarque, le DG Pascal a dit à la vice-ministre que les femmes que les femmes hautement gradées étaient là. Mais elles sont appelées à d’autres tâches. L’une est nommée ministre d’Etat tandis que l’autre a été élue sénatrice. Nyembo respecte ces choix dus aux élections. Il précise aussi que l’absence des femmes dans les directions provinciales est justifiée pas le respect de la loi qui stipule que la femme doit travailler dans le milieu où vit son mari. La muter ailleurs contre la volonté de son époux, est une violation de la loi. Il s’agit donc d’une contrainte légale.

Alexis Mikandji, président du Conseil d’Administration du CEEC a promis au ministre, l’application de ses directives, de ses instructions et de ses orientations pour la bonne marche du secteur minier. Le directeur général du CEEC, Pascal Nyembo a rassuré le ministre de la qualité du travail titanesque abattu par le CEEC. Cet établissement public est doté des laboratoires modernes pour les analyses des métaux de base et des sous-produits. Le CEEEC utilise les différents types de spectromètres selon les spécificités des minerais : l’or dans l’ex-Province-Orientale, les 3T au Kivu, le cuivre et le cobalt au Katanga et le diamant au Kasaï. Tous les sous-produits sont aussi analysés. Le CEEC détermine aujourd’hui l’ADN et l’origine des minerais congolais. Il devient actuellement difficile de mélanger le diamant, par exemple, de la RDC à celui d’un autre pays pour créer la confusion et faciliter la contrebande. Quant à la fraude, Nyembo ne fait aucune concession et aucun cadeau aux réseaux maffieux. Etant donné qu’il est aussi président de la Commission nationale de Lutte contre la Fraude minière, il les traque permanemment. Sur ce point, il est inflexible et impitoyable.

                                                                                                      Gaby KUBA BEKANGA


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