LE PÊCHÉ ORIGINEL


09 Apr

Au début de tout, au commencement de l’origine, il y eut ce leader d’un grand parti politique promu à la primature, mais qui ne put devenir Premier ministre pour cause d’un deal avec un FCC hyper-majoritaire au Parlement. Là où la logique aurait commandé de le déployer un cran en dessous, c’est-à-dire vice-Premier ministre, ou encore membre du bureau de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe fit le choix le plus inattendu, le plus surprenant, qui fit hérisser les poils de la tête à plus d’un observateur : directeur de cabinet de son partenaire devenu président de la République ! Le voilà se ravalant au niveau de la technostructure, d’un administratif, d’un haut fonctionnaire au service de son chef. 

Imaginons-nous un seul instant Jacques Chirac, président du Rassemblement pour la République (RPR) et principal soutien de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 devenir directeur de cabinet de ce dernier ? Ou encore Georges Marchais, patron du parti communiste français, après le triomphe de François Mitterrand de 1981 sur base du programme commun de gauche, chercher à diriger le cabinet du nouveau président élu ? Ou François Bayrou, président du Modem, dont le désistement et le soutien à Emmanuel Macron a permis l’élection de ce dernier, aller s’embourber au cabinet du jeune chef de l’Etat français ? Ou, plus près de nous, Moustapha Niasse, président de l’Alliance des forces du progrès, briguant la direction de cabinet de Macky Sall dont il a été, à deux reprises, le principal soutien ? 

Où que l’on tourne la tête, et aussi loin que l’on plonge les yeux dans l’histoire politique du monde, on ne trouve nulle part un seul exemple où un partenaire de premier plan, un chef politique d’envergure, refuse un poste au sein des institutions exécutives, préférant un poste de directeur de cabinet de son allié de président : en 1974, le jeune Chirac devint Premier ministre de Giscard ; en 1981, Marchais resta simple député, préférant envoyer 4 de ses camarades siéger au gouvernement Mauroy ; en 2017, Bayrou fut nommé ministre d’Etat et ministre de la Justice, numéro deux du gouvernement avant de démissionner après une mise en examen et de retourner diriger la mairie de sa ville natale de Pau dans les Hautes Pyrénées ; depuis 2012, Niasse est président de l’Assemblée nationale du Sénégal. 

Question donc : d’où est venue à Vital Kamerhe l’idée de se faire nommer à une fonction réservée à des techniciens qui sont en même temps hommes de confiance de leur chef ? Nulle part au monde, on ne nomme à ce poste un éventuel rival politique. Et le passage du président de l’UNC au cabinet du chef de l’Etat est un vrai désastre. Pour commencer, il exige de nommer à la présidence ses proches qu’il aurait pu amener à la primature. Conséquence : la présidence se retrouve avec un cabinet plus que pléthorique et confus. Prenons l’exemple de la communication. Ce service est découpé en trois : une direction de la communication présidentielle, une direction de la presse présidentielle, et  porte-parolat, dirigé chaque fois par un titulaire avec deux adjoint (sauf pour le porte-parole qui a une seule adjointe), les uns de l’UDPS, les autres de l’UNC, et comprenant des équipes qui ressemblent à des villages entiers, là où, à titre d’exemple, la communication d’Emmanuel Macron est assurée par six personnes, le conseiller chef de pôle compris. Résultats des courses : il n’existe aucune communication cohérente et moderne, aucune stratégie de communication articulée selon les normes et mise en œuvre avec compétence, rien ! A la place, c’est de la brume, les dirigeants des différents services se battant pour figurer avec leurs protégés sur les ordres de mission des différents voyages du chef de l’Etat et empocher des plantureux frais de mission … 

Mais la suite des événements va révéler les raisons de ce choix. Avec une vitalité à couper au couteau, Kamerhe se révèle très pressé. Il inspire un «Programme des 100», une absurdité totale, les 100 jours symbolisant partout et de tous temps une période probatoire pendant laquelle un nouveau gouvernant donne la preuve d’une nouvelle impulsion dans la gouvernance du pays. Cela ne peut impliquer la mise sur pied de tout un «programme». Mais quel programme peut-on mettre en œuvre en trois mois ? 

Mais Vital a de la suite dans les idées. Malgré la présence de l’exécutif Tshibala, il décrète qu’il n’existe pas de gouvernement dans le pays, et dirige désormais le Comité de pilotage de ce programme depuis la présidence de la République. Des députés, donc des membres du pouvoir législatif, sont choisis comme coordonnateurs provinciaux du programme en lieu et place des gouvernements provinciaux, et deviennent de ce fait également membres du pouvoir exécutif. C’est une grave violation de la Constitution ! Dès lors, il se considère comme le vice-président du pays : c’est lui qui accorde à tour de bras des marchés de gré à gré à des sociétés mafieuses à peine créées pour le besoin de la cause, donne ordre au gouverneur de la Banque centrale pour des paiements en procédure d’urgence à des entreprises sulfureuses. Ainsi une entreprise inconnue au bataillon se voit accorder depuis la présidence le marché d’entretien du stade des Martyrs de la pentecôte. Un entretien dont nul n’a jamais le moindre début du commencement … 

Une année plus tard, le programme des 100 jours est un échec complet, alors que des dizaines, voire des centaines des millions de dollars sont passés à la trappe. Le réveil est brutal, tant le gâchis est complet. Pendant ce temps, Vital Kamerhe mène grand train : mariage en or avec la belle Amida ex-Mpiana ex-Kinuani ; don des vaches à un fils du général Kaberebe au Rwanda, offre d’un collier à son épouse valant, selon lui-même, «plus que la voiture de Dayida» (Une Range Rover Sport de 60.000 USD offerte par JB Mpiana à sa fille) etc. A l’UDPS, on gronde sa colère, et Kabund et Kabuya s’improvisent inspecteurs des travaux des autoponts à l’arrêt un peu partout dans Kinshasa. 

Pendant ce temps, les Américains, nouveaux alliés de Fatshi, se désolent de voir que la lutte contre la corruption n’avance pas en RDC, et citent en exemple l’angolais Joao Lourenço qui remplit les prisons d’anciens proches de son prédécesseur. Annoncé à Kinshasa par Fatshi lui-même depuis Londres, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo annule l’étape de Kinshasa lors de sa tournée africaine, et fait le choix de l’Angola. Dans les bas quartiers, la misère gronde. Au Kasaï central, le gouverneur baroudeur Martin Kabuya accuse le ministre UNC John Ntumba d’avoir bu avec gloutonnerie les (tenez-vous bien) 32 millions de dollars US lorsqu’il était député et coordonnateur provincial du programme des 100 jours. Sur l’ensemble du pays, les exemples sont légions. A Kinshasa, la réhabilitation des écoles a été surfacturées au centuple, c’est du jamais vu. L’Observatoire de la dépense publique est ému aux larmes. Ne sachant plus à quel saint se vouer, Kamerhe tourne sa mitraillette vers le ministre des Finances, Sele Yalaghuli, qu’il accuse de bloquer l’avancement des travaux des 100 jours. Mauvais choix : c’est un missile balistique à trois têtes thermonucléaire qu’il prend en retour en pleine tête de la part du jeune ministre qui ne s’en laisse pas compter. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, Yalaghuli a littéralement écrabouillé celui qui se croyait le champion du verbe facile. L’homme perd totalement sa crédibilité. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. 

Pire : il devenait trop encombrant. Lui à qui l’affaire des 15 millions colle aux basques comme la barbe touffue au menton d’un mollah. Il servira donc d’exemple. Il sera donc immolé en public. 

Aujourd’hui VK croupit en prison. En attendant une confrontation avec des coaccusés, et un éventuel procès. A la cité, ce sont des hourras qui fusent de partout. Le mécontentement est profond. En politique, il arrive que, à un moment, des eaux, qui n’ont pas forcément la même origine, s’assemblent pour former un courant impétueux et débordant qui balaie tout sur son passage. A ce moment-là, ceux qui, par appât de gain, avaient commis le péché originel de choisir d’être directeur de cabinet, se rendent finalement compte qu’ils avaient fait le choix d’être des fusibles dont le rôle est de sauter pour sauver l’ensemble de l’ossature.


Belhar Mbuyi

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